EREVAN - Le président arménien Robert Kocharian a déclaré l'état d'urgence samedi suite à des violences qui ont opposé la police à des manifestants qui contestaient les résultats de l'élection présidentielle du mois dernier.
L'annonce de la présidence est intervenue peu après que les forces de l'ordre eurent tiré des coups de feu en l'air et usé de gaz lacrymogènes pour disperser une foule d'environ 15.000 manifestants à Erevan, la capitale. Ces derniers dénoncent des fraudes lors de l'élection présidentielle du mois dernier, qui a vu le Premier ministre Serge Sarkisian, proche du président sortant élu dès le premier tour.
Samedi matin, la police avait déjà dispersé par la force plusieurs centaines de manifestants qui campaient sur la place centrale de la capitale depuis plus d'une semaine.
Selon le président Kocharian, huit policiers ont été blessés lors de cette première intervention. La police d'Erevan a précisé que certains d'entre eux se trouvaient dans un état sérieux.
Le ministère de la Santé avait annoncé plus tôt que 31 personnes, dont six policiers, avaient été blessées. Dix personnes auraient été hospitalisées, mais les autorités n'ont pas donné de précisions sur leur état de santé.
Le président a également affirmé que certains manifestants étaient armés et que la police avait déclaré avoir été la cible de coups de feu.
"Ce qui est en train de se passer n'est pas un processus politique. Ceci a dépassé les limites", a déclaré M. Kocharian lors d'une conférence de presse tard samedi. "J'appelle le peuple arménien à faire montre de retenue et de compréhension".
Les services de la présidence ont annoncé que l'état d'urgence serait maintenant pendant 20 jours. La mesure impose d'importantes restrictions, dont l'interdiction de grands rassemblements et l'obligation aux médias de ne diffuser que des informations officielles sur la situation politique dans le pays.
Le décret octroie également à la police le droit de restreindre les déplacements et de fouiller les personnes et les véhicules.
La situation restait tendue à Erevan samedi soir à l'approche de minuit. Des groupes de jeunes arpentaient les rues, appelant les passants à se joindre à eux et brisant, ici et là, quelques vitrines. Des voitures ont également été renversées, et la police a déclaré que certains de ses véhicules avaient été incendiés, faisant également état de pillages.
Des milliers, voire parfois des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés dans les rues d'Erevan, la capitale, depuis l'élection de Serge Sarkisian à la présidence le 19 février dernier. Le Premier ministre et président élu est un proche du chef de l'Etat sortant Robert Kocharian, qui se retire en raison de la limitation constitutionnelle des mandats. Les manifestants affirment que le gouvernement a faussé le dépouillement des votes.
Le candidat de l'opposition Levon Ter-Petrosian, battu dès le premier tour, a contesté les résultats devant la Cour constitutionnelle vendredi.
Le statut juridique de M. Ter-Petrosian n'était pas connu samedi. La police l'empêchait de quitter son domicile, mais l'intéressé a déclaré à la presse qu'aucune mesure officielle de confinement n'avait été prise contre lui. AP

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